Biographie Littéraire Illustrée
Dans la pénombre d’une ville aux mille reflets, Houria apparaît comme un mystère, une énigme née dans le tumulte de Paris XV. Abandonnée par sa mère quelques mois à peine après sa naissance à l’hôpital Boucicaut, elle voit son existence officialisée bien plus tard par un père qui, jusqu’alors, avait laissé les formalités en suspens. Dès ses premiers instants, sa vie s’annonce comme une quête, une errance entre l’ombre et la lumière.
Là où la réalité se confond avec le rêve, un soir, dans le calme apparent de son appartement, des silhouettes inconnues firent irruption. Une caméra en bandoulière, un groupe d’individus traversant, comme par magie, un mur invisible aux propriétés étrangement magnétiques… Assise sur son canapé, sirotant un dernier verre, Houria ne put qu’observer, impuissante, ce ballet silencieux et déroutant. Ce fut un moment où le temps sembla suspendu, un instant où le réel se dissolvait dans l’absurde.
Peu après, une autre histoire se révéla : celle de Marie Nicol. Découverte dans son logis avec des doubles vitrages brisés et son chat disparu, son existence paraissait s’être évanouie, comme dématérialisée dans un espace indéterminé. L’appartement respirait l’attente d’un rendez-vous, comme si la demeure elle-même espérait le retour d’un être disparu ou l’arrivée d’un destin scellé.
Houria ne se contente pas de vivre dans le tangible : son esprit voyage dans des contrées intérieures, là où la schizophrénie devient à la fois fardeau et libération. Dans ses rêves éveillés, elle se transforme en souveraine d’un État imaginaire, où La Défense se mue en théâtre d’apocalypse et de renaissance. Chaque note griffonnée, chaque mot tapé sur un clavier, résonne comme une lutte acharnée contre l’effacement du soi, une tentative de reconstituer, fragment par fragment, une identité que le monde réel refuse parfois de comprendre.
Issue d’un métissage aussi douloureux qu’inspirant — sa mère, artiste passionnée et intellectuelle, et son père, ouvrier algérien ayant connu les affres d’un passé en guerre — Houria porte en elle les cicatrices et la force d’un siècle en pleine mutation. Entre bohème parisienne et quête de soi, ses errances la mènent à fréquenter des milieux où la passion, la douleur et l’espoir s’entremêlent. Au cœur du Châtelet, dans des instants volés à la routine, elle partage des moments intenses avec ceux qui, comme elle, cherchent à transcender la réalité.
Les titres de ses futurs films — La Fureur du Dragon et Le Jeu de la Mort — ne sont pas de simples noms, mais des fragments d’un imaginaire où la violence du destin se mêle à la douceur d’un rêve d’enfant. Ils évoquent ce combat intérieur perpétuel, cette lutte entre l’ordre et le chaos, entre l’être et le néant.
Houria se raconte à travers des mots parfois tranchants, parfois poétiques, dans l’espoir de saisir l’insaisissable. Son art, reflet de ses tourments et de ses extases, devient sa thérapie et son arme contre une réalité trop souvent cruelle. Elle dissèque ses propres contradictions, dissout ses peurs dans la création, et se forge ainsi un chemin personnel, où le rêve s’impose comme le seul remède face à la rigueur d’un monde trop réel.
Ainsi, dans le vacarme d’un siècle en mutation, l’âme d’Houria, tour à tour fragilisée et inébranlable, s’élève. Elle refuse de se laisser enfermer dans les carcans d’une existence préétablie et choisit, au lieu de cela, de laisser libre cours à ses rêves, ses angoisses, et sa vision d’un art qui transcende le quotidien.